Hypergraphie, de Jeremias Iturra

Hypergraphie 
Quatuor à cordes

   Le concept d’Hypergraphie — manie de l’écriture pouvant être pathologique et poussant celui qui en est atteint a rédiger à tout propos des écrits généralement cohérents mais souvent trop prolixes ou verbeux — , a été utilisé par Isidore Isou pour désigner une pratique littéraire consistant à donner une place prépondérante à la sonorité et au graphisme des lettres et selon les termes du fondateur du mouvement « à la déstructuration des mots pour les lettres »

     Isou, réalise en 1951 un film expérimental intitulé Traité de bave et d’éternité présenté par Jean Cocteau au Festival de Cannes, puis commence à appliquer dans tous les arts un nouveau système d’écriture intégral baptisé « Hypergraphie ». Tout au long des années 50, 60 et 70, Isidore Isou réalise plusieurs films, textes, tableaux et pièces de théâtre dits « hypergraphiques », « méca-esthétiques » et/ou « aphoniques » régis par son système de créativité intégrale et touchant à de nombreux domaines du savoir comme la philosophie, les arts plastiques, la mécanique, le roman, les mathématiques, la théologie, la psychiatrie, etc.

     Fasciné par cette idée, je me suis proposé l’idée de composer un grand cycle de pièces pour quatuor à cordes appelé Manifeste Ciselé dont Hypergraphie est le deuxième volet. L’idée principale de cette pièce est basée sur une « prose sonore » où l’écriture instrumentale traditionnelle est augmentée par un ensemble de signes et de systèmes de notation qui vont modeler le geste instrumental et, par conséquent, le geste corporel des interprètes. Ainsi, la dimension sonore se voit complétée par une dimension visuelle qui vise à exploiter au maximum les possibilités expressives du quatuor à cordes, comme s’il s agissait d’un nouvel instrument, un « méta-instrument ». 

Jeremias ITURRA

Hypergraphie, est une commande du Festival Musiques Démesurées
Création le 14 novembre 2018, pour le Festival Musiques Démesurées