Parler longuement de fantômes : chronique

« (…) Étonnant par le titre et par le style, Parler longuement de fantômes de Jérôme Combier illumine cette fin de première partie. On connaissait le talent du compositeur d’Austerlitz à créer un univers singulier où l’épaisseur et la variété de la matière sonore l’emportent sur la stricte construction. Ce quatuor n’est pas séquencé en plusieurs mouvements séparés et porte haut une dimension généreuse (environ trente-cinq minutes). Une première partie alterne effets de pleurages,voix détimbrées et sauts d’archets en dégradé. Les tic-tacs épars de l’alto se mêlent aux masses glauques et visqueuses du violoncelle. Les glissandos des violons en unissons agressifs déchirent comme des fusées ce climat d’attente et d’incertitude. S’ouvre alors une trouée bruitiste au cours de laquelle on croise des rythmes frappés à même le corps des instruments. Une longue aspiration chromatique crée un puits de lumière noire au fond duquel tournoient les fantômes – « hantologie » de la mémoire musicale, tels que définis par le compositeur. Une bande enregistrée prend le relais des instrumentistes, prolongeant en quadriphonie les échos de Ravel, Debussy ou Dutilleux. Dans l’impeccable acoustique de l’auditorium du conservatoire se perd le scintillement hors du temps de cette partition magistrale. (…) »

Article à lire dans les Chroniques de la revue en ligne Anaclase